« Dans le dernier roman d'Olivier Cadiot, il s'agit de quatre récits, portés par quatre caractères différents. Pour passer le roman à la scène, nous avons pris le parti de remonter le livre un peu différemment et fondre les quatre séquences en une seule situation, celle de la quatrième et dernière qui donne son titre au livre. L'action se situe au bord d'un lac dans une maison banale, mais pratique. Une pièce presque vide, un atelier salon. C'est là que le narrateur va recevoir le public et réaliser une série de performances qui retracent les moments culminants de son existence. »

          Voilà pour la situation de départ, mais le spectateur se trouve alors plongé dans une série de scènes portées d'abord, par la force de la parole théâtrale proférant de façon dynamique et souple les souvenirs d'une vie mêlés aux réflexions sur l'existence, puis par la perception des sons (musicaux ou non) qu'une haute technologie module, déforme, amplifie, spatialise, enfin par la projection d'images pouvant refléter le psychisme du personnage - narrateur.

          Si le spectacle ne nous permet pas d'emblée de percevoir une unité et un récit linéaire - ce qui nous déconcerte nécessairement et souligne combien le sens de la pièce ne nous est pas offert -, la succession des tableaux nous permet de reconstituer progressivement des étapes de vie et des interrogations, dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître, et cela, en alternant le bizarre, le tragique, le comique, le poétique. Le seul fil rouge que le metteur en scène laisse au spectateur le soin de tendre est celui du motif de la répétition, celle des sons, celle du reflet du personnage dans un écran noir, celle des éléments du récit comme le lac, les plantes grimpantes, les rêves, celle de l'image projetée du personnage, remodelant la spirale des moments de vie qui - par leur détour - nous autorisent à repenser, à maîtriser, à « archiver nos souvenirs »(L. Lagarde ), dans un mouvement perpétuel, créatif et réjouissant, au risque parfois de se perdre. Le plaisir du spectateur ne vient-il pas de ses errances dans le labyrinthe théâtral, dont il finit néanmoins par sortir en ayant construit son propre chemin de sens ?

          Inutile d'ajouter que ce propos est magistralement soutenu par la qualité du jeu de Laurent Poitrenaux qui, pendant une heure quarante, incarne, seul en scène, cette parole mouvante et émouvante.

          Après la représentation, les élèves ont pu participer à une rencontre avec l'auteur, le metteur en scène et le comédien, qui ont expliqué leur manière de travailler et de concevoir une telle réécriture, dans la mesure où ils attendent que le spectateur fasse la moitié du chemin, qu’ il s'empare de l'action sur le plateau pour imaginer, déplier, et créer par lui-même l'œuvre. Laurent Poitrenaux a plus particulièrement interpellé « la jeunesse » dans la salle, pour lui expliquer qu'il percevait chacun des bruits du public même les plus subtils, et qu'ils influençaient nécessairement sa façon de jouer. Nos élèves ont ainsi été sensibilisés à la notion de spectacle vivant, échange vibrant entre le plateau et les gradins.

          Ce spectacle exigeant et difficile a été l'occasion pour les élèves d'une rencontre avec le genre théâtral contemporain, leur ouvrant une fenêtre sur les recherches actuelles de la mise en scène comme une expérimentation, dont nous ne manquerons pas de nourrir notre réflexion en cours, dans la perspective de la préparation du bac. Mais au-delà de la pédagogie, nous espérons avoir fait un détour, qui laissera une trace dans « l'algorithme de leur vie ».

Estelle de Mario Glaux, professeur de français organisatrice de la sortie, accompagnée par Mmes Tardivo , Lambert et Sageon.